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Les Mangroves : pourquoi sa restauration en Casamance est une évidence ?

La mangrove est cet écosystème de marais maritime incluant des espèces typiques tel le palétuvier ou la fougère dorée. Elle fait partie des 14 grands biomes terrestres définis par le WWF. Elle est une véritable interface entre le milieu marin et le milieu terrestre. Sa répartition géographique se situe dans la zone intertropicale, plus précisément sur le littoral de zones de marées peu profondes des régions tropicales et subtropicales.

Historiquement les mangroves ont subi de larges destructions par la main de l’homme dans le but de les convertir en terre arables et d’obtenir du bois de construction et de chauffage (WWF). D’après l’Organisation des Nations Unies pour la pêche et l’agriculture (FAO) 20% des surfaces de mangroves ont été détruites (~ 3.5 millions d’hectares).

Probablement aucune autre communauté de plantes n’a autant attisé la curiosité et l’attention scientifique que les mangroves ! Elles peuvent se développer là où aucune autre plante ne survivrait… En effet leur capacité d’adaptation à des milieux très hostiles font d’elles l’un des écosystèmes les plus singuliers sur cette Terre.

Un périophtalme sortant de l’eau dans une mangrove. © SOPHIE FALLON https://www.nausicaa.fr/fiches-animaux/le-periophtalme/

Les plantes de mangroves font en fait parties de ces rares espèces, appelées halophytes, pouvant évoluer dans des conditions très particulières : salinité du sol très élevée, ennoiement quotidien par les marées, sols pauvres en oxygène, et fortes températures. Pour compenser l’instabilité du sol qui présente une vase peu profonde et des quantités d’eau variantes, dues aux marées, les mangroves ont développé de longues racines, bien apparentes lorsque le niveau de l’eau est bas. Plus intéressant encore, ces racines évitent l’érosion des côtes formant comme un rempart aux vagues et permettant de retenir les alluvions provenant des cours d'eau. Plus surprenant encore, les palétuviers des mangroves sont vivipares, c’est-à dire que leurs graines, appelées propagules, germent sur l’arbre parent avant de tomber et s’enraciner dans le sol pour s’y développer.

En résumé les conditions hostiles d’un milieu tel celui de la mangrove a forcé l’évolution d’adaptations bien distinctes chez la faune et de la flore qui s’y ait développé et qu’on ne trouve nulle part ailleurs…

La mangrove est une niche écologique d’une richesse exceptionnelle. Les espèces de plantes et d’animaux ayant évolué dans ces milieux ont dû s’adapter aux problèmes de salinité élevée et à la dynamique des marées. Le meilleur exemple que l’on puisse citer est celui du Périophtalme (Periophthalmus sp) endémique de la mangrove. Ce remarquable poisson a développé des nageoires lui permettant de sortir de l'eau et de se déplacer. Il peut vivre durant de longues périodes hors de l'eau. De nombreuses espèces de crabes, de poissons, de mollusques et de crustacés peuplent également ces milieux. S’y abritent également des espèces d’oiseaux comme l’ibis rouge. On peut aussi citer le tigre de Sibérie, le cerf d’axis et certaines espèces de macaques qui s’y réfugient. Sur l’île de Bornéo c’est l’habitat principal des nasiques, espèce de singes caractérisée par son long nez, qui est en voie d’extinction à cause de la chasse et la destruction de son milieu. Excellent nageur et grimpeur, le nasique jouit du refuge que lui consacre la mangrove lorsqu’un danger apparait.

En résumé, les bénéfices des mangroves sont les suivants : 

  1. Parfaitement adaptée à son milieu : Racines longues, résiste à la variation de la salinité, de l’oxygène et des températures
  2. Protège de l'érosion des côtes : Les racines forment comme un rempart face aux alluvions et raz de marées
  3. Abrite de nombreuses espèces menacées : Poissons (Périophtalme), oiseaux (ibis rouge), mollusque, crustacés, mammifères (tigre, cerf, singes)…
  4. Offre diverses ressource artisanales : Bois, miel, pharmacopée…
  5. Offre des ressources halieutiques non négligeables : Crabes, poissons et coquillages

Nos actions de restauration de la mangrove au Sénégal est donc évidente. En effet la fonction écologique de la mangrove est essentielle : elle abrite de nombreuses espèces menacées, elle prévient de l’érosion des sols et protège les côtes contre les raz de marées, elle fournit du bois et des ressources alimentaires et sa destruction contribue au réchauffement climatique2. En restaurant les mangroves en Casamance, nous préservons son écosystème et nous améliorons les conditions de vie des populations de Casamance grâce à la création d’activités génératrices de revenus liée aux ressources halieutiques de la mangrove. En effet les populations locales peuvent alors jouir de la production marchande provenant de la pêche réalisée en milieu côtier. Plus particulièrement les femmes sont très impliquées dans la transformation du produit qui prend place au sein des multiples activités villageoises accessibles aux femmes.

Par J. Patrick Fischer — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=47958562

Références

  1. Kapetsky JM (1985) Mangroves, fisheries and aquaculture. FAO Fish. Rep. 338. Suppl.: 17-36. SECA/CML. 1987. Mangroves of Africa and Madagascar. Conservation and Reclamation. SECA/CML/CEC
  2. Mangroves, Coastal Ecosystems Series, Volume 2, MITHTHAPALA Sriyani, consulté le 11 mais 2022, https://books.google.ch/books?hl=fr&lr=&id=QByaM7LcyDoC&oi=fnd&pg=PA1&#v=onepage&q&f=false
  3. Vedura, consulté le 11 mai 2022, http://www.vedura.fr/environnement/biodiversite/destruction-mangroves
  4. FAO, 1990.- Statistiques des pêches, produits, vol 71.

Cet article a été rédigé par :

Ophélie Aimerton

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