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Soutenir les Aires Marines Protégées (AMP) en Casamance (Sénégal)

January 9, 2025

Nos initiatives de reboisement s'étendent au-delà des limites de notre ferme agro-écologique pour englober des zones au sein des aires marines protégées (AMP).

Cette initiative locale (restauration de mangroves) vise à sauvegarder l'intégrité d'un écosystème complet, avec des retombées significatives en termes d'avantages pour les populations locales.

Dans cet article, vous découvrirez les raisons et les enjeux de ces projets préalablement initiés par les communautés locales et comment nous contribuons à leurs succès.

Dans un contexte de dégradation majeure des écosystèmes planétaires, il est primordial de renforcer des initiatives de conservation appropriées et significatives, orientées vers la restauration de l'océan, de sa résilience et de sa santé dont les populations locales dépendent.

Selon la définition de l’UICN (2012), une aire protégée est « un espace géographique clairement défini, reconnu, spécialisé et géré par des moyens légaux ou d’autres moyens efficaces, visant à assurer la conservation à long terme de la nature et des services écosystémiques et valeurs culturelles qui y sont associés ». Pendant le Millennium Ecosystem Assessment (2001-2005), les institutions multilatérales, les États et les groupes de pression internationaux ont préconisé les Aires Marines Protégées (AMP) comme un outil clé pour la préservation de la biodiversité marine, elle-même responsable de la résilience des écosystèmes marins.

Cet article nous permettra de revisiter ensemble les menaces de ces aires et leurs avantages à l’échelle planétaire et locale, et finalement d'explorer comment notre soutien contribue au succès de leur restauration en Casamance.

Menaces: 


Ces milieux marins ont longtemps été sujets à la pression anthropique et les impacts associés au changement climatique.

Leurs écosystèmes subissent l'impact combiné de diverses pressions majeures d'ordre démographique, économique et écologique. En effet, l'exploitation excessive des ressources naturelles, les altérations souvent irréversibles des écosystèmes avec des impacts potentiels mondiaux sur la biodiversité et le climat, ainsi que l'augmentation de la pollution, ont fortement affecté les écosystèmes côtiers. Cette situation est critique, d'autant plus que ces écosystèmes abritent 70 % de la population mondiale vivant à moins de 50 km du littoral (Bonnin & co, 2015).

La dégradation des milieux marins se répercutent sur les conditions de vie locale. Le déclin de la biodiversité affecte de manière plus prononcée les populations des pays économiquement défavorisés, qui sont précisément les plus dépendantes de cette dernière. En effet, le rapport de l’UNEP en 2007 annonçait déjà que les plus pauvres dépendent davantage des écosystèmes locaux et vivent souvent dans des lieux plus vulnérables aux changements climatiques.

La principale menace qui pèse sur la plupart des Aires Marines Protégées (AMP) en Afrique de l’Ouest est la pêche non contrôlée (incursions de navires de pêche migrante, de pêche industrielle et l'utilisation de filets dans les bolongs et autres chenaux des mangroves). Les autres menaces majeures d'origine humaine comprennent la surexploitation des ressources terrestres, principalement le bois, la pollution, l'agriculture et les activités industrielles. Les mangroves des AMP sont soumises à des coupes de bois pour des usages domestiques, la récolte d'huîtres et le séchage du poisson (Revéret & Dancette, 2010).

En réaction aux changements environnementaux et à l'augmentation des contraintes naturelles et humaines, les écosystèmes subissent une dégradation significative et une chute alarmante de la biodiversité. Or, cette biodiversité représente un élément crucial pour la résilience de ces systèmes vivants (Chakour & co, 2011). Pour atténuer ces impacts, la création des Aires Marines Protégées (AMP) vise à sauvegarder les ressources naturelles, en particulier l'ichtyofaune et les mammifères marins emblématiques, tout en mettant l'accent sur la préservation des habitats prioritaires tels que les mangroves et les plages. En parallèle, elles sont conçues pour agir comme un moteur de développement social à l'échelle locale (Failler & co, 2019).

Avantages des AMPs


Dans le document « Application des normes mondiales de conservation aux AMPs » de l'UICN (2018), il est formellement énoncé que « Les AMPs peuvent aider à conserver et à restaurer les écosystèmes océaniques et à reconstruire la biodiversité des océans, ce qui contribuera également à soutenir la population humaine mondiale ». Voici les différents bénéfices :

  • Restauration des écosystèmes
    • création de sites pour rétablir des environnements tels que les récifs, les prairies marines et les mangroves.
  • Préservation de la biodiversité
    • protection des espèces, des gènes et des écosystèmes.
  • Amélioration de la pêche
    • accroissement de la biomasse et rétablissement des stocks.
  • Recherche et éducation
    • accroissement des connaissances sur nos océans et promotion d'une gestion appropriée.
  • Atténuation du changement climatique et résilience
    • renforcement de la résistance des écosystèmes et stockage du carbone.
  • Réduction des risques de catastrophes
    • défense des côtes et des populations contre les phénomènes météorologiques extrêmes, les tsunamis et l'érosion côtière.
  • Développement du tourisme et des loisirs
    • avantages économiques et sanitaires pour les communautés côtières.
  • Sauvegarde des ressources et des valeurs culturelles et spirituelles
    • préservation de notre histoire et de nos sites sacrés.
  • Promotion de modèles de gouvernance équitables et transparents
    • les AMP peuvent faire valoir les droits, réduire les conflits et contribuer au partage des avantages grâce à des processus décisionnels transparents et inclusifs.

La biodiversité marine offre une diversité de services écologiques, incluant le recyclage de la matière organique, l'utilisation du dioxyde de carbone atmosphérique, et la production d'oxygène par les algues marines (environ 50 % de la production primaire photosynthétique est marine). Elle participe également au piégeage du méthane dans les sédiments. Le rôle régulateur de la biodiversité marine s'explique par la capacité des systèmes équilibrés à s'adapter de manière plus efficace à des conditions changeantes, qu'elles résultent de perturbations diverses ou d'un changement climatique (Revéret & Dancette, 2010).

Selon l’IUCN Les bénéfices, les opportunités et les avantages des Aires Marines Protégées (AMPs) bien planifiées, définies et gérées se renforcent progressivement au fil du temps, comme en témoignent les preuves.

Notre contribution en Casamance


Dans un contexte complexe alliant impératifs socioéconomiques et écologiques, le Sénégal a établi des Aires Marines Protégées (AMP) en réponse aux recommandations du cinquième Congrès mondial des parcs de l'Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN) en septembre 2003.

Ces recommandations préconisaient la protection d'au moins 5 % de l'espace littoral et marin national (IUCN, 2003).

Il n’existe pas d’outil universel réglant de façon simple un problème complexe. Toutefois il a été formulé que le processus de gestion des Aires Marines Protégées (AMP) peut comprendre plusieurs aspects :

  1. Le Suivi : Réalisation de recensements de la faune et de la flore
  2. Surveillance : allant de l'arrêt des personnes en situation irrégulière à la confiscation de leur matériel.
  3. Sensibilisation
  4. Amélioration des connaissances : combler les lacunes de connaissances sur certains habitats ou espèces clés, parfois en accueillant des scientifiques ou des étudiants pour produire des documents scientifiques de référence.
  5. Mesures biologiques : restrictions temporelles, limitations liées à certaines espèces ou modes de prélèvements, ainsi que des actions contre les espèces envahissantes
  6. Reboisement : Principalement appliqué dans les zones de mangroves, mais aussi dans les flèches sableuses

(Failler & co, 2019).

Jusqu’en 2025, l’accompagnement de Plantons Utile en faveur des Aires Marines Protégées en Casamance, via Eco From Africa, s’est principalement concentré sur deux axes complémentaires.


D’une part, le financement de campagnes de reforestation de mangroves, initiées et portées par les communautés locales. D’autre part, le renforcement des connaissances et des capacités locales, à travers des dispositifs de formation, de sensibilisation et d’éducation environnementale.

Ces actions ont notamment pris la forme d’ateliers de renforcement de capacités (ARC) en maraîchage agroécologique, en pratiques agricoles de référence et en ostréiculture durable, incluant l’installation de guirlandes synthétiques afin de limiter la coupe des racines de palétuviers.

En collaboration étroite avec les communautés, à l’initiative des campagnes de reboisement, Plantons Utile a ainsi soutenu la plantation de plus de 450’000 palétuviers jusqu'en 2025 en Casamance.

Les principales zones d’intervention en matière de reforestation se situent à Abéné, Diouloulou et Thiobon.
Cette approche, combinant appui aux communautés locales et soutien aux actions concrètes de restauration des mangroves, vise un double objectif.


Favoriser une appropriation réelle du changement par les acteur·rice·s locaux. Garantir la pérennité des investissements réalisés, ainsi que la durabilité de leurs impacts écologiques et socio-économiques dans le temps.

L’ensemble de ces actions serait impossible sans la collaboration étroite avec Eco From Africa, qui agit comme acteur local fédérateur, mobilisant les communautés, structurant les initiatives existantes et assurant un ancrage territorial indispensable à la réussite des projets soutenus.

Les Aires Marines Protégées (AMPs) sont une option de gestion essentielle pour préserver la santé des océans. Elles garantissent une conservation de la nature de haute qualité, ciblée sur place, et peuvent varier de zones entièrement protégées à des zones permettant des usages multiples.

Conformément à la définition de l’IUCN, la caractéristique distinctive des AMPs par rapport à d'autres mesures de gestion par zone est que, quelle que soit leur forme, leur objectif principal demeure la conservation de la biodiversité. In fine, la protection de ces zones est cruciale pour maintenir l'équilibre écologique, préserver la biodiversité, atténuer les changements climatiques et assurer la durabilité des ressources marines pour les populations qui en dépendent. La restauration de l'écosystème marin est considérée comme une action indispensable, ainsi le reboisement des mangroves est reconnu comme une mesure primordiale à cet effet.

En partenariat avec les populations locales, qui ont déjà lancé des projets de reboisement, nous avons implanté un nombre significatif de palétuviers. Nous espérons que cette initiative portera ses fruits en termes de restauration des écosystèmes marins et de protection de la biodiversité qui en dépend. Comme vous l'avez compris, ces actions auront des retombées significatives sur l'aspect socio-économique local en favorisant une gestion économique efficace, en renforçant la résilience face aux changements climatiques et en améliorant globalement les conditions de vie des populations locales. Nous encourageons fortement les personnes engagées à participer à des programmes de reboisement, apportant ainsi leur soutien aux communautés locales et contribuant, comme nous, au bien-être des océans.

Références

  1. UICN CMAP, 2018. Application des normes mondiales de conservation de l'UICN aux aires marines protégées (AMPs) Mener des actions de conservation efficaces grâce aux AMP pour la santé de l’océan et le développement durable. Version 1.0. Gland, Suisse. 5pp.
  2. Day J., Dudley N., Hockings M., Holmes G., Laffoley D., Stolton S. & S. Wells, (2012). Guidelines for applying the IUCN Protected Area Management Categories to Marine Protected Areas. Gland, Switzerland: IUCN. 36pp.
  3. Bonnin, M., Laë, R., & Behnassi, M. (2015). Introduction : Toujours plus d’aires marines protégées ! In Bonnin, M., Laë, R., & Behnassi, M. (Eds.), Aires marine protégées ouest-africaines : Défis scientifiques et enjeux sociétaux. IRD Éditions. doi :10.4000/books.irdeditions.8961
  4. Chakour, S., Chebira, B. & Dahou, T. (2011). 5. Les aires marines protégées, outil global, déclinaisons locales: Les dilemmes de la conservation dans le Parc National d’El Kala (Algérie). Dans : Tarik Dahou éd., Pouvoirs, sociétés et nature au sud de la Méditerranée (pp. 131-157). Paris: Karthala. https://doi.org/10.3917/kart.dahou.2011.01.0131
  5. Revéret, J. & Dancette, R. (2010). Biodiversité marine et accès aux ressources: Pêche et autres biens et services écologiques sous pression extrême. Revue Tiers Monde, 202, 75-92. https://doi.org/10.3917/rtm.202.0075
  6. United Nations Environment Programme, 2007,Global Environment Outlook 4 : Environment for Development, Malte, Progress Press Ltd., 540 p.
  7. Failler, P., Touron-Gardic, G., Sadio, O. & Traore, M. (2019). Menaces sur les aires marines protégées en Afrique de l’Ouest : de la pêche non contrôlée aux changements climatiques. Mondes en développement, 187, 133-152. https://doi.org/10.3917/med.187.0133
  8. Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), 2003, Planète, Conservation, Vème Congrès Mondial sur les parcs de l’UICN, Bénéfices par-delà̀ des frontières, Bulletin UICN N° 2, 32 p.



Cet article a été rédigé par : Ophélie Aeimerton

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