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Éclairage extérieur et pollution lumineuse : ce que la nuit apporte à la biodiversité

21/5/2026

La nuit a disparu avant les espèces.

En Suisse, le ciel nocturne sans pollution lumineuse significative se réduit chaque année. À l'échelle européenne, la luminosité artificielle nocturne a augmenté de façon continue depuis les années 1990 (Falchi et al., 2016). 

Ce n'est pas une question esthétique. C'est une question écologique. La vie nocturne — insectes, chauves-souris, oiseaux migrateurs, hérissons, amphibiens — s'est développée sur des millions d'années dans un cycle jour/nuit stable. L'éclairage artificiel permanent perturbe ce cycle.

La bonne nouvelle : c'est l'une des rares formes de pollution dont l'effet cesse instantanément dès que la source est supprimée. Pour une régie, une commune ou un propriétaire privé, cela signifie que des actions simples et peu coûteuses produisent un effet immédiat et mesurable.

🌃 Ce que la pollution lumineuse fait à la faune 🦇

Les insectes nocturnes : première victime documentée

Les insectes nocturnes — papillons de nuit, coléoptères, éphémères — sont attirés par les sources lumineuses artificielles. Ce phénomène les piège autour des lampes où ils s'épuisent, sont prédatés ou meurent sans se reproduire. 

Ces insectes assurent une part de la pollinisation nocturne — un service complémentaire à celui des pollinisateurs diurnes, documenté sur plusieurs espèces végétales (Macgregor et al., 2015).

Les chauves-souris : un rapport variable à la lumière

Les réponses des chauves-souris à la lumière artificielle varient selon les espèces. Certaines espèces opportunistes — comme la pipistrelle commune — chassent autour des lampadaires où les insectes s'accumulent. D'autres espèces sensibles — grand rhinolophe, petit rhinolophe — évitent les zones éclairées et voient leurs corridors de chasse fragmentés (Arlettaz et al., 2000). 

Pour ces espèces, un lampadaire positionné sur un corridor de vol habituel constitue une barrière fonctionnelle aussi efficace qu'un mur.

Les oiseaux migrateurs et la faune du sol

De nombreuses espèces migrent de nuit en utilisant les étoiles comme repères. L'éclairage des bâtiments perturbe ces repères. 

Les amphibiens et les hérissons, actifs la nuit, voient leurs cycles reproducteurs perturbés ou leurs territoires de chasse réduits par les zones éclairées. 

⚠️ Ce que la pollution lumineuse n'est pas

Ce n'est pas un problème uniquement urbain. Les zones périurbaines et rurales sont également concernées. Un projecteur halogène orienté vers le ciel en fond de jardin contribue à la pollution lumineuse locale et fragmente la trame noire de son secteur.

Ce n'est pas incompatible avec la sécurité.

L'éclairage de sécurité et l'éclairage écologiquement responsable ne s'excluent pas. Les solutions techniques disponibles permettent de maintenir un niveau de confort satisfaisant tout en réduisant significativement l'impact sur la faune.

Ce n'est pas une contrainte réservée aux grands projets.

Un détecteur de présence, un luminaire orienté vers le bas, une ampoule à spectre chaud : ce sont des décisions accessibles à tout propriétaire ou gestionnaire, sans investissement majeur.

Augmentation continue

De la luminosité artificielle nocturne en Europe depuis les années 1990, avec une accélération documentée dans les zones périurbaines (Falchi et al., 2016) 

< 2 700 K

Température de couleur recommandée pour un éclairage extérieur limitant l'impact sur les insectes nocturnes — lumière chaude, jaune-orangée, moins attractive que le blanc bleuté.

Effet immédiat

La pollution lumineuse est la seule forme de pollution dont l'effet cesse dès que la source est supprimée — sans délai, sans dépollution, sans coût de remédiation (Falchi et al., 2016)

Solutions pratiques

1 — Réduire la durée d'éclairage

La minuterie et le détecteur de présence sont les premiers outils. Un éclairage déclenché uniquement en cas de passage réduit drastiquement l'exposition lumineuse par rapport à un éclairage continu. Pour les espaces communs d'une régie ou d'une commune, la plage d'éclairage continu peut être limitée aux heures de fréquentation réelle, avec réduction à faible intensité entre 23h et 6h. Pour un propriétaire privé, un détecteur de présence en remplacement d'un spot fixe est la mesure la plus simple et la plus immédiatement efficace.

2 — Orienter la lumière vers le bas

Un luminaire dirigeant la lumière vers le sol — et non vers le ciel ou la végétation adjacente — élimine la diffusion latérale et vers le haut, principale cause de pollution lumineuse. Les luminaires à flux dirigé vers le bas (luminaires à coupure totale) sont le standard à intégrer dans tout cahier des charges d'éclairage extérieur, que ce soit pour des espaces communs, de la voirie communale ou un jardin privé.

3 — Choisir la bonne température de couleur

Les lumières à spectre froid (blanc bleuté, > 4 000 K) sont les plus attractives pour les insectes et les plus perturbantes pour les cycles biologiques. Les lumières chaudes (< 2 700 K) ou les LED ambrées réduisent significativement cet impact. Pour les zones à enjeu écologique — abords de haies, bords de mares, corridors de chauves-souris identifiés — elles sont à privilégier, qu'il s'agisse d'un parc communal ou d'un jardin de villa. 

4 — Créer des zones sombres

Sur tout site comportant des éléments écologiques — haie, zone rudérale, mare, bande enherbée — définir des zones de non-éclairage est une mesure directe de protection de la trame noire. Un corridor non éclairé de quelques mètres de large suffit à maintenir un passage fonctionnel pour les chauves-souris et les hérissons. Pour un propriétaire privé, cela signifie simplement ne pas installer de projecteur en fond de jardin, ou orienter les sources existantes vers la façade plutôt que vers la végétation.

5 — Supprimer l'éclairage décoratif permanent

Les éclairages de façade décoratifs et les spots orientés vers la végétation sont les sources les plus facilement supprimables sans impact sur la sécurité. Leur effet sur la faune nocturne est disproportionné par rapport à leur utilité réelle — et leur suppression représente également une économie d'énergie directe.

Points d'attention

Éclairage de chantier. Les chantiers de rénovation génèrent souvent un éclairage nocturne intense pendant plusieurs mois. Intégrer des contraintes d'éclairage dans le cahier des charges de chantier est une mesure simple.

« La pollution lumineuse est la seule forme de pollution environnementale réversible instantanément — sans délai, sans dépollution, sans coût de remédiation. »

— D'après Falchi et al., 2016, Science Advances

Sources

Arlettaz, R. et al. (2000). Bat communities and artificial lighting. Journal of Applied Ecology.

Cinzano, P., Falchi, F. & Elvidge, C.D. (2001). The first world atlas of the artificial night sky brightness. Monthly Notices of the Royal Astronomical Society, 328(3), 689–707.

Falchi, F. et al. (2016). The new world atlas of artificial night sky brightness. Science Advances, 2(6).

Macgregor, C.J. et al. (2015). Pollination by nocturnal Lepidoptera, and the effects of light pollution. Journal of Applied Ecology, 52(5), 1183–1192.

OFEV (2020). Biodiversité en Suisse : état et évolution. https://www.bafu.admin.ch

Cet article a été rédigé par Robin Rapin

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